(Extrait du livret)
À propos des œuvres
L’origine
du mot manécanterie provient du latin mane cantare, signifiant
« chanter le matin ». Et effectivement, depuis les temps les plus
anciens, les manécanteries composées d’enfants ont fait monter vers le Ciel la
louange du Seigneur. Cette tradition, attestée au temple de Jérusalem dès l’époque
du Roi David a été reprise par l’Église Chrétienne. Avec l’évangélisation de
l’Europe occidentale, la musique d’église se répand, et commence à être
codifiée sous l’ère carolingienne. C’est le chant dit grégorien, monodique et a
capella. Le Salve Regina sur le ton solennel, composé par le
bienheureux moine bénédictin Hermann Contract (†1054) au XIe siècle se situe
dans la continuation de ce corpus carolingien.
Longtemps
immuable, la musique sacrée va connaitre une révolution au XIVe siècle avec l’introduction
de la polyphonie, qui se développe à la Renaissance, encouragée par le concile
de Trente. Le plus grand compositeur de l’époque, Giovanni Pierluigi da
Palestrina (1525 ou 26 - 1594), est maitre de chapelle à la cour
pontificale. C’est pour la maitrise de la chapelle Sixtine qu’il a composé ses
impropères du vendredi Saint dont sont extraites les paroles du Christ en
Croix Popule meus et Crux fidelis. Son disciple
espagnol, Tomás Luis de Victoria (1548 - 1611) exprime la dévotion de la
Contre-Réforme envers la Vierge Marie et le Saint Sacrement avec son Ave
Maria à huit voix et le Domine non sum dignus. C’est
également à la Renaissance que la musique profane emprunte ses caractéristiques
à la musique sacrée. Les chansons polyphoniques à thème poétique ou galant sont
alors particulièrement répandues en France, et Clément Janequin (1485 -
1558) en est le maitre incontesté avec Le chant des oiseaux où
les voix des chanteurs imitent les trilles de différentes espèces. Thoinot
Arbeau (1520 - 1595), chanoine de Langres ayant composé un traité de danse
nous a fait parvenir la pavane Belle qui tient ma vie.
En
Angleterre, la Réforme Anglicane a conservé jusque tardivement une tradition
musicale sobre, comme en témoigne le choral Thou knowest Lord,
extrait de la musique pour les funérailles de la reine Mary II en 1695 composée
par Henry Purcell (1659 - 1695). En France, le Grand-Siècle mitige les
codes stricts hérités de la Renaissance, permettant en musique sacrée l’emploi
d’instruments et d’un langage musical plus expressif : In
nativitatem Domini canticum de Marc-Antoine Charpentier (1643 -
1704) est un petit oratorio pour le temps de Noël typique de l’époque baroque,
où un narrateur répond à divers personnages de la crèche.
Une
certaine sécularisation de la musique sacrée s’observe à l’époque classique du
fait de la vogue du style dit « galant ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756
- 1791), maitre de chapelle des Évêques de Salzbourg, compose en 1791, année de
sa mort, son désormais célèbre Ave verum, œuvre destinée à la
célébration de la Fête-Dieu.